Continuons sur notre lancée! Après la blanquette de poisson, je vous propose un autre plat réconfortant par ce froid qui semble vouloir s'installer : Le pudding chaud (Et c'est indispensable de le manger chaud!) franc-comtois. Quesaco? Un pudding chaud? Quel blasphème! Et pourtant, je vous le recommande! Il n'a de pudding que la préparation à base de pain, car il est indispensable de le manger chaud, afin que notre fromage franc-comtois, c'est à dire le Mont d'or soit bien fondu. Pour accompagner ce plat, je vous propose une nature morte de Jean Siméon Chardin qui magnifie trois éléments simples de l'alimentation : le fromage, l'oeuf et l'eau. Le cerclage de bois contenant le fromage me faisait penser à celui du Mont d'or, qui, accompagné de la ceinture d'écorce d'épicéa, lui donne son caractère et ce goût si original et délicieux! Il ne s'agit sans doute pas de Mont d'or dans cette oeuvre, car ce fromage a acquis sa réputation vers 1865. Cependant, l'on peut supposer que ce style de fromage devait bien exister auparavant!
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Jean Siméon Chardin, Nature morte avec oeuf, fromage et pichet, Musée des Beaux-arts, Philadelphie |
Chardin est un des maîtres incontestés de la nature morte et de la lumière. Il impulse à ses oeuvres une vivacité qui redonne vie aux aliments présentés, si bien
que les natures mortes en deviennent bien vivantes!
Tout dans cette toile respire la fraicheur. La luminosité venant de la gauche du tableau évoque une lumière du jour franche et diffuse qui met en valeur les mêts
proposés. Les oeufs sont souvent présents dans les tableaux de Chardin et sont peints tels des joyaux, d'un blanc ivoire, nacré et éclatant qui leur confère une grande pureté. Cela fait écho à la
blancheur crémeuse et onctueuse du fromage dans sa boite qui appelle à la dégustation. L'on imagine sans peine à travers cette carafe de terre cuite vernissée à la panse bien arrondie la
limpidité et la fraicheur de l'eau dans le pichet. Peintre de la réalité peut-être, Chardin confère à son sujet de prédilection une irréalité qui pourtant nous laisse une impression très
réelle...Ces oeufs, ce fromage nous paraissent vivants, saisissables, prêts à la dégustation et pourtant, ce sont notre oeil et notre esprit qui leur donnent cette réalité car jamais oeufs ou
fromages sur notre table ne furent si brillants, éclatants comme des joyaux!
Chardin "lie [les couleurs], les assemble, les corrige, les caresse avec un travail systématique de reflets, qui, tout en laissant la franchise à ses tons posés,
semble envelopper chaque chose de la teinte et de la lumière de tout ce qui l'avoisine." Il nous fait passer à travers son pinceau "le goût des matières".
Je ne prétendrai pas vous faire passer à travers mes pâles photos le goût des matières de mon pudding, par contre, je tâcherai quand même de vous mettre l'eau à la
bouche, car ce plat fut délicieux. Mont d'or, potiron et poireaux forment un trio très réussi que je vous conseille d'essayer!
PUDDING CHAUD FRANC-COMTOIS AU POTIRON ET POIREAUX
Ingrédients :
- 150 à 200 gr de potiron coupé en petit dès
- 1 bol de blancs de poireaux coupés frais ou surgelés
- 1 cuillère à soupe d'huile d'olive
- Herbes de Provence
- Sel et poivre
- 100 gr de pain coupé en petits dès
- 400 ml de lait
- 2 oeufs
- 60 gr de mont d'or
Préparation :
Dans un saladier, faire tremper le pain dans le lait puis l'émietter à la fourchette lorsqu'il est mou.
Pendant ce temps, dans une poêle, faire revenir le potiron et les blancs de poireaux dans l'huile d'olive. Saler, poivrer, assaisonner d'herbes de provence puis
faire cuire à feu doux, jusqu'à ce que ça soit cuit. Il ne doit plus y avoir d'eau.
Ajouter dans le saladier les oeufs. Mélanger.
Ajouter ensuite la préparation de potiron et de poireaux ainsi que le mont d'or coupé en petits morceaux.
Saler très légèrement et poivrer.
Mettre dans un moule à cake par exemple et enfourner pour 40 min à 200°C.
Déguster sans attendre!
Bon appétit!
Edmond et Jules Goncourt, "Chardin", Gazette des Beaux-arts, 1864.
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Quant aux enfants, ils ont sans doute reçu la consigne de ne pas bouger. Le petit garçon, les mains sous le menton,
s'ennuie et regarde d'un air malheureux devant lui. Sa soeur à sa gauche, bien sagement assise, lui jette un regard désapprobateur, sans doute à cause de la négligence de sa posture. Quant au
troisième enfant, il ne regarde pas vers l'artiste mais à l'évidence prend sa mission bien à coeur et demeure droit sur sa chaise, les bras sur la table. L'épouse est en retrait de la photo.
Debout, elle semble vouloir disparaître du tableau et se situe dans l'ombre de la pièce à côté d'une armoire. Quant au père, dans une robe de chambre brillante, est fièrement installé dans un
fauteuil confortable, les mains jointes. Toute cette mise en scène est cependant allégée par la présence du petit garçon en robe rose vêtement très en vogue 100 ans auparavant, seule touche
colorée de la pièce. Comme à ses frères et soeurs, on lui a demandé de ne pas bouger, de se tenir droit, de regarder l'artiste, mais il ressort de ce petit visage quelque chose de frais. Comme
tous les enfants en bas-âge, il a envie de bouger et regarde avec curiosité vers l'artiste. Sans doute prendrait-il plaisir à aller voir ce qui se dessine!